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Politique en matière de drogue

En Suisse, la politique actuelle en matière de drogue a été développée dans les années 1990 pour faire suite à la problématique de l'héroïne et à l'époque des scènes ouvertes de la drogue. Elle est construite sur la base de quatre piliers: prévention, conseil/thérapie, réduction des risques et répression/exécution de la loi. Dès les années 1990 et durant 20 ans, le programme de mesures visant à réduire les problèmes de drogues (ProMeDro) a façonné le cadre pour la politique en matière de drogue. En 2017, la Stratégie Nationale Addictions a remplacé ce programme.

Le taux de mortalité et les effets néfastes pour la santé, comme les maladies liées au VIH ou les infections par l’hépatite C, ont considérablement diminué grâce à diverses mesures, telles que la remise de matériel d’injection stérile, le traitement par agonistes opioïdes (TAO, anciennement «traitement basé sur la substitution») et les habitats protégés, entre autres. Depuis, l’importance de l’héroïne a fortement baissé et d’autres substances et schémas de consommation sont actuellement sur le devant de la scène. Par conséquent, il faut continuer le développement de la politique actuelle en matière de drogue, qui a eu un grand succès en réponse à la crise de l’héroïne et qui est également reconnue au niveau international. La nécessité d'agir est en priorité identifiée dans le domaine du cannabis. Or, à moyen terme, des adaptations sont également demandées en ce qui concerne la dépénalisation ou la régulation de toutes les substances psychoactives et l’utilisation de substances psychoactives comme médicaments.

 

Consommation et possession de substances psychoactives illégales

La consommation de substances psychoactives illégales constitue une violation de la loi qui est poursuivie sur le plan pénal (art. 19a LStup). Normalement, une peine pécuniaire est imposée sans inscription au casier judiciaire. Une réprimande peut également être prononcée ou les poursuites peuvent être abandonnées. En cas de récidive, les sanctions seront plus lourdes. Dans certains cantons, la police signale les consommateur·trice·s à l'office de la circulation routière, qui peut alors demander un retrait du permis de conduire. D’autres dispositions spécifiques s’appliquent au cannabis.

Selon l’art. 19b LStup, la possession de stupéfiants en quantités minimes n’est pas punissable. Le Tribunal fédéral a par ailleurs statué en 2023 qu'une quantité minime de cannabis destinée à un usage personnel ne pouvait pas faire l'objet d'une saisie. La signification de «quantité minime» n’est pas définie, excepté pour le cannabis (10 grammes ou moins). Inciter d’autres personnes à la consommation de stupéfiants est punissable (art. 19 c LStup). La consommation avec d’autres adultes n’est par contre pas punissable (art. 19 b LStup). Le trafic de cannabis est quant à lui interdit (art. 19 LStup).

La remise de substances psychoactives illégales à des mineurs sera sanctionnée par une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire (art. 19 bis LStup).

Quiconque se trouve sous l’influence de substances psychoactives illégales est considéré inapte à la conduite et n’a donc pas le droit d’être au volant d’un véhicule (art. 2, al. 1 OCR). La tolérance zéro s’applique. Un·e conducteur·trice est réputé·e incapable de conduire chaque fois qu’il est prouvé que son sang contient du THC (tetrahydrocannabinol, cannabis), de la morphine libre (héroïne/morphine), de la cocaïne, de l’amphétamine, de la méthamphétamine, de la MDEA (méthylendioxyéthylamphétamine) ou de la MDMA (méthylendioxyméthamphétamine) (art. 2, al. 2 OCR). La personne concernée est considérée comme incapable de conduire selon l’art. 91, al. 2 LCR et peut être punie d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire. En outre, le permis de conduire sera retiré pour une durée d’au moins trois mois (art. 16Cc, al. 1, let. C LCR).

En Suisse, le fentanyl est soumis à la loi sur les stupéfiants (LStup) et figure dans l’ordonnance sur les tableaux des stupéfiants (OTStup-DFI) sous le répertoire a (substances contrôlées, soumises à toutes les mesures de contrôle). Les nitazènes, listés dans les répertoires a, d et e, sont considérés comme non commercialisables et non prescriptibles.

Traitement par agonistes opioïdes (TAO)

En Suisse, les personnes dépendantes aux opioïdes ont la possibilité de bénéficier d’un traitement par agonistes opioïdes (TAO, anciennement «traitement basé sur la substitution»). Celui-ci consiste à substituer la consommation illégale d’opioïdes par des substances ayant un effet semblable (méthadone, buprénorphine, morphine retard oral, forme pharmaceutique de l’héroïne, entre autres). L'accompagnement et le suivi thérapeutique comprend également des mesures somatiques, psychiatriques, psycho-thérapeutiques et socio-pédagogiques.

Les principaux objectifs des TAO sont les suivants: l’implication thérapeutique permanente, l’amélioration de l’état de santé physique et psychique, une meilleure intégration sociale des personnes concernées, le renforcement d’une consommation à faible risque, la mise en place de conditions permettant une abstinence durable ainsi que la prise de distance des personnes concernées avec le milieu de la drogue et la réduction de la criminalité liée à l'acquisition de stupéfiants.

En Suisse, la base légale permettant de traiter les personnes dépendantes aux opioïdes avec la méthadone existe depuis 1975. Le traitement basé sur la prescription d’héroïne a été mis en place pour la première en 1994 dans le cadre d’une étude de cohorte et a été intégré à la loi sur les stupéfiants (LStup) en 2011. De nombreuses études scientifiques ont établi l'efficacité du traitement basé sur la substitution.

La responsabilité des TAO avec prescription d’opioïdes tels que la méthadone ou la buprénorphine incombe aux cantons. Les traitements sont principalement dispensés par un médecin de famille ou en milieu hospitalier, au sein de services psychiatriques et d’institutions spécialisées. La remise du médicament de substitution peut également être déléguée aux pharmacien·ne·s. Le traitement avec prescription de diacétylmorphine (héroïne, traitement basé sur la substitution (TBS) est soumis à des dispositions particulières qui relèvent de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Il consiste en l’administration strictement réglementée et contrôlée de diacétylmorphine dans le cadre d'un suivi médical et psychosocial.

Lois pertinentes et autres informations

Informations et publications

Perspectives de la politique suisse en matière de drogues

Rapport du Conseil fédéral et rapport scientifique en réponse au postulat 17.4076 de Paul Rechsteiner.

Commissions consultatives du Conseil fédéral

La CFLA et l’organe lui succédant, la CFANT, ont publié plusieurs rapports et prises de position.

Plateforme sur la politique en matière d’addictions

La NAS-CPA est une source d’informations, de mise en réseau et de coordination en matière de politique des addictions. Elle traite les expériences, les résultats, les questions et les problèmes qui portent sur le thème des addictions et créé un dialogue entre les associations professionnelles, la société et la politique.

Actualités – Politique en matière de drogue

Le Tribunal fédéral confirme le retrait de certaines puffs

Le Tribunal fédéral a confirmé la décision du chimiste cantonal genevois de retirer du marché certaines puffs. Cela concerne uniquement certaines marques de puffs qui ne respectaient pas les règles en matière de quantité de liquide disponible.

Renvoi de la loi sur les produits cannabiques en sous commission pour révision

La commission a décidé de poursuivre les travaux sur son projet de mise en œuvre de l’initiative parlementaire Siegenthaler « Réguler le marché du cannabis pour mieux protéger la jeunesse et les consommateurs ». La majorité des cantons rejette le projet dans sa forme actuelle, alors qu’une minorité des cantons et la Conférence des directrices et directeurs cantonaux des affaires sociales sont plutôt favorables. Le fait que la santé publique et la protection de la jeunesse soient au cœur d’une nouvelle réglementation du cannabis n’est pas contesté. La protection de la jeunesse doit toutefois être renforcée et des mesures spécifiques pour les mineurs doivent être prévues. Les cantons estiment que la mise en œuvre serait trop complexe et demandent plus de moyens à ce sujet. La vente en ligne fait également l’objet de critiques.

Etude sur l'aptitude à la conduite automobile 12 à 15heures après consommation de cannabis

Une étude du Journal of Cannabis Research indique que des consommateur·rices réguliers ne présentent pas d’altération significative de la conduite 12 à 15 heures après usage, malgré la présence de THC mesurable dans l’organisme des participant·e·s. Cette étude questionne ainsi l’usage des tests biologiques comme seul indicateur d’aptitude à conduire, tout en confirmant que la consommation de cannabis altère les capacités de conduite dans les heures suivant la consommation.

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